Sylvain Lagarde

Entre le développement, la nécessaire rénovation des villes, et la volonté de reconfigurer l’espace économique, ont été amenés à se rencontrer, mais aussi parfois s’affronter, idéaux architecturaux et urbanistiques, et intentions politiques : ainsi, au cœur des projets de « ville nouvelle », c’est la dialectique de l’utopie urbaine face à la réalité vécue qui s’est concrétisée au quotidien.

Urban Dystopia est une exploration visuelle de l’échec d’une conception de la ville, celle de l’urbanisme de dalle : la vie coupée de son sol et de son ciel ne peut plus se nourrir d’une véritable dynamique circulatoire, et l’on est confronté à l’alternative spatiale d’une respiration angoissante dans l’espace trop dégagé, aéré, ou d’une sensation d’étouffement dans un espace couvert, contenu verticalement.

Dans le haut lieu de la modernité – qui ne restera jamais moderne –  le piéton est roi, mais le piéton est seul, errant, comme s’il manquait à cet espace une polyvalence qui donnerait plus de sens à une marche, qui a du mal à être autre chose qu’une traversée.

Certes, des moments de vie existent – car ces passant s’arrêtent parfois, pour faire autre chose que passer ! – mais ils apparaissent comme isolés dans l’espace : sans être une illusion en soi, ces moments deviennent illusion parce qu’ils ne sont pas suffisamment nombreux et denses pour construire une réalité objective, qu’ils n’exploitent pas suffisamment l’espace pour créer la réalité la sociabilité qui fait vie dans la cité.

Urban Dystopia est ainsi la poursuite de ces passants-errants qui, dans un environnement fait de l’imbrication des espaces bâtis et de vides, de la complexité des volumes urbains, existent et vivent probablement mieux qu’on ne pourrait le penser : l’utopie n’est pas là, mais dans les interstices urbains, l’échec du concept ne peut totalement écraser.