Sylvain Lagarde

Le Sud est un fantasme car le Sud en étant partout est nulle part. Le Sud n’est qu’un virtuel, celui d’un Ailleurs, d’un horizon plus ou moins lointain que l’on peut regarder avec désir.

Certes il y a une géographie, une anthropologie des Sud : avec leurs espaces, leurs climats, leurs peuples, leurs traditions, leurs histoires de conquête et d’indépendance, leurs métissages... En somme il y a donc bien du pittoresque dans le Sud. Mais face à ces Sud, le Sud n’existe pas : il n’est qu’un cliché.

C’est un flou artistique, une réalité qui se perd dans la faible profondeur de champ : ce qui fait le Sud, c’est l’euphorique plaisir de se perdre dans l’inconsistance ensoleillée de l’au- delà, de l’autre côté que l’on se plaît à imaginer, au loin, comme une nécessaire promesse de dépaysement.

« Perdre le Midi quotidien [...]

Mais, perçant la porte en forme de cercle parfait ; débouchant ailleurs : (au beau milieu du lac en forme de cercle parfait, cet abri fermé, circulaire, au beau milieu du lac, et de tout,)

Tout confondre, de l'orient d'amour à l'occident héroïque, du midi face au Prince au nord trop amical, - pour atteindre l'autre, le cinquième, centre et Milieu

Qui est moi ». (Victor Segalen)