Sylvain Lagarde

Etre au bord du réel… Etre au bord du réel c’est se tenir sur la marge du monde, c’est trouver – au gré d’un hasard, ou d’une vague quête – le moment où l’on peut voir le monde vaciller.

La série « Evanescence » déploie, en une petite quinzaine d’item, les chapitres de cette perte de repère visuelle qui renvoie à une sorte de méditation sur le presque rien assurant paradoxalement un point d’ancrage poétique avec le réel. C’est ici encore brouillard et neige qui font office, comme souvent, de filtre du réel qui métamorphose. Un masque est posé sur le visage du monde. L’épure, qui vide le réel d’une grande partie de sa substance, est fascinante et angoissante à la fois et le travail en série vaut comme une tentative – tentation pour construire avec le rien, avec le faux vrai, puisque ce n’est plus le monde que l’on voit mais ce qu’un masque laisse se révéler de ce monde.

Certains, face au peu, se plairont à la contemplation reposante ; d’autres rejetteront la vision improbable de la réalité. C’est toujours une tension existentielle qui se joue : l’intérêt de l’image est aussi – et beaucoup – dans la position que chacun est forcer d’adopter face à ce qui est montré… ou en l’occurrence, ce qui ne l’est pas.