Sylvain Lagarde

« Ce qui se passe dans le domaine de l'écriture n'est-il pas dénué de valeur si cela reste "esthétique", anodin, dépourvu de sanction, s'il n'y a rien, dans le fait d'écrire une œuvre, qui soit un équivalent (et ici intervient l'une des images la plus chères à l'auteur) de ce qu'est pour le torero la corne acérée du taureau, qui seule - en raison de la menace matérielle qu'elle recèle confère une réalité humaine à son art, l'empêche d'être autre chose que grâces vaines de ballerine ?»

Mais comment être torero sinon en se confrontant à une corne ? C’est tout simplement dans cette perspective-là que je me suis livré à un exercice de style autour d’une anecdotique « corne » architecturale. Il s’agissait donc d’un combat contre une forme, le danger étant le possible échec et la simple mise à mal de l’amour-propre du photographe incapable de tirer quelque chose d’un sujet imposé.

« Le matador qui semble risquer le tout pour le tout, soigne sa ligne et fait confiance, pour triompher du danger, à sa sagacité technique »

Au-delà du simple exercice de style c’est la recherche esthétique qui est restée essentielle et a primé : la photographie demeure une composition avec de la lumière et des formes (que ces formes soient naturelles, architecturales ou humaines) et ma « corne » m’a porté vers une « danse » – (les « grâces vaines de ballerine » !)  – vers un jeu avec les lignes tendant vers une abstraction qui puisse trouver des échos dans la sensibilité du spectateur. Le principe de la variation autour de ces formes renvoie à la multiplication des points de vue, à une exploration exhaustive du regard qui tend à espérer (vainement ?) qu’une forme ou l’autre sera suggestive à quelqu’un