Sylvain Lagarde

My personal nowhere propose la déclinaison visuelle d’une fascination angoissante pour une atmosphère de fin du monde : le regard s’empare du connu pour y révéler au gré d’une lumière et d’un climat particuliers ce qu’un paysage peut receler d’« inquiétante étrangeté ».

Ce sentiment de l’inhabituel repose notamment sur la présence fantomatique de l’homme de l’homme réduit à l’état de simple silhouette errant dans un espace sombre ou simplement suggérée par d’anecdotiques traces dans un espace sans ancrage. Et ce sont ces visions insolites qui bouleversent la perception d’un espace, celui que j’habite - un espace de marge, celui d’une périphérie rurale d’une ville moyenne (qui, sans grignoter exponentiellement la nature ici, laisse néanmoins parfois ses marques dans une campagne qui a ses propres stigmates de vie – et qui devient un espace où exister n’est plus du tout une évidence.

Dès lors, les circonvolutions au cœur de cet espace de proximité sont autant de circuits fermés qui sont l’occasion d’un retour vers soi. A tourner en rond, on se retourne sur soi-même, mais on se pose aussi inévitablement la question de l’autre : que dit le presque vide de ces images ? pourquoi vivre là ? comme vivre là ? et que faire du vide…?

L’« inquiétante étrangeté » naît quand le sujet ne se reconnaît plus dans ce qui est normalement pour lui familier et qu’objets et fragments de réalités deviennent symptômes de quelque chose à définir. My personal nowhere est donc l’exploration visuelle d’un paradoxe affectif qui repose sur tant une angoisse du vide qu’une fascination pour celui-ci face à un espace qui devient étrange parce que étranger, un de ces « espaces intermédiaires » dont peut parler Depardon lorsque dit « Parce que l'errance est une espèce de quête du lieu acceptable, une quête aussi de ces zones intermédiaires, avec toujours cette même question : qu'est-ce que je fais là ? ».