Sylvain Lagarde

« Le cubisme est l'art de peindre des ensembles nouveaux avec des éléments empruntés non à la réalité de vision, mais à la réalité de conception » nous aura dit Guillaume Apollinaire dans son analyse des peintres cubistes.

J'avoue avoir été dans la conception puisque j'ai essayé de donner un peu de vie à cette architecture froide et abstraite en profitant de la lumière et en mettant visuellement en scène (par le cadrage, notamment) ses formes.

Soyons fous et disons-le : réussir à me faire ironiquement le dieu de cette matière a priori inerte... Un dieu sans pouvoir objectif ; un dieu subjectif : un dieu par le regard...

 Il y a ainsi une vague et paradoxale dimension mystique qui ressort de ces formes architecturales, et cette dimension mystique redonne du vivant à ce qui pourrait paraître définitivement mort. Cette part de « vivant » est peut être ce qu'a réussi à instiller l'architecte en sa création ; c'est peut-être aussi celle que j'ai projetée (du moins c'était une ambition!) sur ces formes, et c'est peut-être une simple traduction, donc, de ma propre imagination, de ma fantasmagorie jouant, le temps d'un exercice du regard, à être mégalomane ; c'est peut-être enfin, à travers les résonances entre l'intention et la « grammaire » de l'architecte, et la réécriture du signe visuel par le spectateur-photographe, l'idée d'une voix universelle qui se communique au-delà des médias artistiques et des subjectivités qui s'en emparent.